Les nouvelles

Chez les Essouma, la demande des nouvelles à l’étranger diffère en quelques points de celle des Agnis Sanwi ou des Ehotilés.
Toutefois, l’une des règles communes, c’est que l’étranger qui arrive dans une localité, dans une maison, salue toujours « Achin oh ».
Et ce, quelque soit le moment de la journée (le matin, à midi, le soir ou la nuit). La salutation de l’étranger ne change donc pas, même s’il arrive à minuit ou tard dans la nuit.

 Procédure d’accueil

Chez les Essoumas, la coutume veut qu’on donne demande d’abord les nouvelles à l’étranger avant delui donner de l’eau à boire.
Aujourd’hui, cette pratique est abandonnée pour les multiples raisons suivantes :
• D’abord par ignorance ou par négligence de cet aspect de la tradition qu’on ne le fait plus de nos jours. Donc, il y a un non-respect pur et simple de cette disposition.
• Ensuite, cette situation est favorisée par le brassage ethnique existant à Assinie (territoire du peuple Essouma).
• Et enfin, en raison de la classe sociale de l’étranger, les uns et les autres décident d’outrepasser cet aspect. Ici, c’est une question de choix.

Mais au fait, pourquoi, l’Essouma ne donne-t-il pas d’abord de l’eau à boire à l’étranger avant de lui demander les nouvelles ?

Selon nos parents, l’étranger qui arrive chez vous, peut être en danger de mort (peut-être qu’il est poursuivi et à la recherche d’une cachette). Donc, pour l’Essouma, il faut d’abord lui demander les nouvelles, afin de savoir ce qui l’emmène « chez vous » à un pareil moment de la journée, surtout si celui-ci arrive tard dans la nuit.
S’il s’avère que celui-ci n’est pas en danger de mort, alors on pourra tranquillement lui proposer à boire après lui avoir demandé les nouvelles.
Si non on le cache, au risque de l’exposer en s’attardant à lui donner à boire. Cela est devenu une tradition chez les Essoumas.

 Rappel

• Premièrement, nous avions dit plus haut que l’étranger qui arrive dans une localité, dans une maison, salue toujours « Achin oh ».
• Deuxièmement, la salutation de l’étranger ne change pas quel que soit le moment de la journée (le matin, à midi, le soir ou la nuit). C'est-à-dire que même s’il arrive à minuit ou tard dans la nuit, sa salutation est invariable.
• Troisièmement, cela permet de savoir que la personne qui a salué vient d’arriver d’un voyage, ou que c’est un étranger.
Dès lors, on sait comment répondre à sa salutation.

Demande de nouvelles à un étranger accompagné d’un résidant

  Quand le résidant accompagnateur n’a pas encore demandé les nouvelles à l’étranger qu’il à rencontrer

Quand un résidant arrive dans une maison en compagnie d’un étranger, après leurs salutations, le propriétaire de la maison demande d’abord les nouvelles. Une fois le serveur désigné, celui-ci sert d’abord celui qui a offert la boisson : ‘’ô yi so man yi’’ (C’est-à-dire que le serveur lui sert le premier verre, et celui-ci goûte d’abord à la boisson avant qu’on ne serve tout le monde).

Après que celui qui ait offert la boisson ait fini de la goûter, le serveur, soit se sert lui-même, soit il va vers l’étranger pour le servir d’abord. Dès lors, il peut servir les autres. Quand le serveur a fini de servir, il met un peu de boisson dans le verre et le présente à l’assemblée, et dit : « n’gbaïn nin mô, n’zan nin abo nin achio » (Chers aînés, voici le reste de la boisson). Il donne cela à Monsieur X à qui l’étranger avait confié le fond de la boisson au début. Il boit ce reste là. Si Monsieur X ne veut plus boire, ou s’il est une personne qui ne boit pas du tout, alors le serveur boit ce reste là, ou il peut le remettre à quelqu’un qui peut le boire. 

Puis à nouveau, le serveur dit : « n’gbaïn nin mô, n’zan nin ahué nou oh » (Chers aînés, la boisson est finie). Alors, tout le monde dit : « Mossouli mo oh » (merci à celui qui a servi la boisson / merci au serveur).

On remercie le serveur parce qu’il a su servir / partager la boisson, de sorte que chacun a eu un peu à boire. Un bon serveur, quelque soit la quantité de la boisson fera en sorte que tous ceux qui sont réunis (quel que soit leur nombre) goûtent à cette boisson. Car ce n’est pas évident de le réussir. Voilà pourquoi il faut toujours remercier celui qui le réussit en disant : « Mossouli mo oh »

Après que celui-ci (l’étranger) ait fini de donner ses nouvelles, vous lui donnez les vôtres. Vous devez donner vos nouvelles en fonction des siennes. Après lui avoir donné vos nouvelles, vous lui dites ensuite : « sê aadjou a, sié nigué, êyi wô won an, ê wô min sa nou » (Si tu es venu, dépose tes bagages. Car tu es à ma charge)

C’est une formule d’accueil, et une manière de décharger l’étranger de ses bagages. A son tour il vous dira : « M’assié » (Je les ai déposés)

C’est en ce moment là que vous allez lui proposer de l’eau à boire, en disant : « M’ato minsa mizi » ou bien «  m’a bli  assa  nin » êssê ô  ba a, n’gôhan  êdjôlê  n’go  hélé  wô. 

Entendez par là : ‘’J’ai mis ma main derrière ou bien j’ai tourné ma main pour prendre quelque chose (de l’eau / de la boisson), et si ça revient, je m’adresserai à nouveau à vous’’.

Généralement c’est de la boisson qu’on offre. Ça peut être de la liqueur ou de la sucrerie.  Une fois que la boisson est apportée, vous ajouterez : 

« N’doli minsa mizi nin yaa. Likê nin ôti bodoman kon. Sonou, nan goua bié assi».

Entendez par là : ‘’J’avais mis la main derrière. Maintenant elle est revenue. Voici une bouteille de boisson, accepte-la et verse-en par terre.’’ 

   Quand le résidant accompagnateur n’a pas encore demandé les nouvelles à l’étranger qu’il à rencontrer

Quand un résidant arrive dans une maison en compagnie d’un étranger, celui qu’ils viennent trouver (le propriétaire de la maison) demandera d’abord les nouvelles à celui qui accompagne l’étranger (le résidant accompagnateur). 

Ensuite, il se tourne vers l’étranger pour lui demander ses nouvelles. Dès lors, celui-ci donne ses nouvelles. Quand il a fini de donner ses nouvelles, le propriétaire de la maison, donne les siennes en s’adressant, non au résidant, mais plutôt à l’étranger (puisque celui-ci vient de loin).  Pour ce faire, il demande au résidant que son attention (son oreille) soit ‘’tournée’’ vers l’étranger pour écouter les nouvelles qu’il va donner à ce dernier.  

Ici, c’est toujours la procédure normale de la demande des nouvelles à l’étranger (plus haut mentionnée) qui est utilisée.  Il faut rappeler à toutes fins utiles qu’en pays Akan en général, et chez les Essouma en particulier, la visite d’un étranger est toujours cause de bonnes ou mauvaises nouvelles. 

Quand il s’agit d’une bonne nouvelle, elle peut être annoncée à tout moment. Mais si l’étranger est porteur d’une mauvaise nouvelle, celui-ci doit attendre ou se rassurer que ceux qu’il vient de trouver aient fini de dîner, avant de leur annoncer ladite nouvelle.  C’est dire qu’en pays Essouma, on n’annonce jamais de mauvaise nouvelle quand on trouve 

Cas pratique (un exemple simple)

Cette demande de nouvelle est la formule la plus simple, et concerne uniquement une seule personne.

Elle est différente de celle concernant une délégation, ou à l’occasion de certaines cérémonies, qui comportent plusieurs tournures.

Ici, l’on tutoie l’autre qui est en face.

  • Lorsque l’étranger qui arrive chez vous salue « Achin oh », vous répondez comme il le faut (voir « Les salutations en pays Essouma»). Puis vous lui souhaitez d’abord la bienvenue en lui disant : « Akwaaba » (Sois le/la bienvenu (e)). Puis, vous lui proposez un siège.
  • Ensuite, vous lui demandez les nouvelles. 
  • Après que l’étranger ait fini de donner ses nouvelles, vous lui donnez les vôtres

Vous devez donner vos nouvelles en fonction des siennes.

  • Après lui avoir donné vos nouvelles, vous lui dites ensuite : « sê aadjou a, sié nigué, êyi wô won an, ê wô min sa nou» (Si tu es venu, dépose tes bagages. Car tu es à ma charge).

C’est une formule d’accueil, et une manière de décharger l’étranger de ses bagages.

  • A son tour, il vous répondra : « M’assié» (Je les ai déposés)

C’est en ce moment-là que vous lui proposez de l’eau à boire, en disant :

  • « M’atominsa mizi » ou bien « m’a bli assa nin» êssê ô ba a, n’gôhan  êdjôlê n’go hélé wô.

Entendez par là : « J’ai mis ma main derrière » ou bien « j’ai tourné ma main pour prendre quelque chose (de l’eau / de la boisson), et si ça revient, je m’adresserai à nouveau à vous » 

Généralement c’est de la boisson qu’on offre. Cela peut être de la liqueur ou de la sucrerie. 

Une fois que la boisson est apportée, vous ajouterez : 

  • « N’doliminsa mizi nin yaa. Likê nin  ôti bodoman kon. Sonou, nan goua bié assi ».

Entendez par là : ‘’J’avais mis la main derrière. Maintenant elle est revenue. Voici une bouteille de boisson, accepte-la et verse-en par terre.’’

 NB

On demande à l’étranger de verser un peu de boisson à terre, car chez l’Essouma, on suppose que l’étranger qui arrive n’est jamais seul. Il est toujours accompagné de ses ancêtres ou bien par des esprits protecteurs. Donc, il ne doit pas les oublier.

  • Ainsi donc, après lui avoir dit « N’doliminsa mizi nin yaa.

Likê nin  ôti bodoman kon. Sonou, nan goua bié assi », à son tour l’étranger vous répondra : « Sê affa aman mian, massô nou » c’est-à-dire : ‘Si tu me l’as donnée, alors moi aussi je l’accepte’’.

  • Ensuite, s’il y a quelqu’un d’autre à côté, l’étranger lui dira : « « Monsieur X(par exemple), n’zan nin, yi bo nin kô wossa nou. Boka min man yêla assi » (C’est-à-dire : Monsieur X, le reste de la boisson te revient, aide-moi à dire merci à celui qui me l’a donnée/offerte). En fait, le fond de la boisson revient à Monsieur X parce que si le départ de l’étranger, pour une raison ou une autre est précipité, c’est ce dernier (Monsieur X) qui devra, le lendemain, remercier celui qui a offert la boisson à l’étranger. 
  • A son tour, la personne que nous avons nommée MonsieurX dira : « Sê affa yi bo nin aman min an, minkosso massô nou » (si tu me donnes le fond de la boisson, moi aussi je l’accepte).
  • Puis il se tourne vers celui qui a offert la boisson et dit : « Baba, yê baala assioh » (Papa, nous venons dire merci). 
  • Alors cette personne dira la formule d’acceptation de remerciements de sa famille (habituellement celle de son père). Il y a plusieurs formules. A savoir :
  1. Assiablahon
  2. Assiamou
  3. Ablahon
  4. Assiêgnadô
  5. Mingnandô
  6. Assiêssom
  7. Assiêwôbli

Après cela, MonsieurX(qui a aidé l’étranger à dire merci) se tourne vers l’étranger pour lui dire également merci à son tour pour la considération à lui accordée pour lui avoir remis le fond de la boisson.

C’est seulement  après cela que l’on peut commencer à servir la boisson.

Habituellement, c’est quelqu’un de moins âgé dans l’assemblée, ou l’un des fils de l’hôte qui sert la boisson. Même l’étranger, s’il est moins âgé que ceux qui sont là, peut se désigner pour servir la boisson aux autres qui sont ses aînés. Car il serait ‘’impoli’’ que l’étranger, qui est le plus petit de tous, laisse l’un de ses aînés le servir.  

  • Une fois le serveur désigné, celui-ci sert d’abord celui qui a offert la boisson : ‘’ô yi so man yi’’(C’est-à-dire que le serveur lui sert le premier verre, et celui-ci goûte d’abord à la boisson avant qu’on ne serve tout le monde).
  • Après que celui qui ait offert la boisson ait fini de la goûter, le serveur se sert lui-même ou sert l’étranger d’abord. Dès lors, il peut servir les autres.
  • Quand le serveur a fini de servir, il met un peu de boisson dans le verre et le présente à l’assemblée, et dit : « n’gbaïn nin mô, n’zan nin abo nin achio» (Chers aînés, voici le reste de la boisson).
  • Il donne cela à Monsieur Xà qui l’étranger avait confié le fond de la boisson au début. Il boit ce reste là. Si Monsieur X ne veut plus boire, ou s’il est une personne qui ne boit pas du tout, alors le serveur boit ce reste là, ou il peut le remettre à quelqu’un qui peut le boire. 
  • Puis à nouveau, le serveur dit : « n’gbaïn nin mô, n’zan nin ahué nou oh» (Chers aînés, la boisson est finie).
  • Alors, tout le monde dit : « Mossouli mo oh» (merci à celui qui a servi la boisson / merci au serveur).

On remercie le serveur parce qu’il a su partager la boisson, de sorte que chacun ait eu un peu à boire. Un bon serveur, quelque soit la quantité de la boisson fera en sorte que tous ceux qui sont réunis (quel que soit leur nombre) goûtent à cette boisson. Car ce n’est pas évident de le réussir. 

Voilà pourquoi il faut toujours remercier celui qui le réussit en disant : « Mossouli mo oh ». 

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